Sommaire
- La base militaire de Francazal a été dissoute le 31 août 2010
- La disparition de la base, dommageable pour ses personnels, ouvrait cependant des perspectives intéressantes pour le secteur sud-ouest de l'agglomération
- Mais les décideurs ont choisi de reconvertir Francazal en 2ème aéroport toulousain
- Ils ont écarté d'un revers de main toutes les objections liées ou non à l'environnement
- Ils ont escamoté l'étude des scénarios alternatifs
- Pourtant l'aéroport - tel qu'il est officiellement défini - n'est pas viable
- Dans ce contexte, un projet de studios de cinéma voit le jour
- L'affectation du site de Francazal doit être reconsidérée à l'échelle de la Région
Extrait du schéma de cohérence territoriale
de l'agglomération toulousaine
La base militaire de Francazal a été dissoute le 31 août 2010
La fermeture de la base aérienne 101, plus connue sous le nom de Francazal, s'inscrivait dans le plan de restructuration des armées, décidé par le gouvernement en juillet 2008.
La disparition de la base, dommageable pour ses personnels, ouvrait cependant des perspectives intéressantes pour le secteur sud-ouest de l'agglomération
Créée il y a 75 ans, la base aérienne était un pôle important du secteur Sud-Ouest de l'agglomération toulousaine.
En 2008, elle comptait encore un millier d'hommes, dont les familles résidaient dans les communes environnantes. Elle était donc génératrice d'emplois indirects et de richesse économique.
Mais la croissance de l'agglomération toulousaine, au cours des dernières décennies, fut telle que la base était devenue une enclave dans le tissu urbain. L'aérodrome constituait la principale source de nuisances (sonores et atmosphériques) du secteur et formait une barrière entre Toulouse et les communes limitrophes.
La fermeture de la base allait donc entraîner la suppression d'emplois directs avec des conséquences humaines importantes et un ralentissement momentané de l'activité économique. Mais, dans le contexte de forte croissance démographique de l'agglomération, il était permis d'envisager un aménagement harmonieux de cette vaste zone de 290 hectares aux portes de Toulouse, après la disparition de ce que tout le monde s'accordait à considérer comme la principale nuisance du secteur (On peut le vérifier en consultant l'Agenda 21 de la commune de Cugnaux).
Mais les décideurs ont choisi de reconvertir Francazal en 2ème aéroport toulousain
Le préfet, investi de la responsabilité de la reconversion du site, a rapidement créé un comité de pilotage, composé des représentants des administrations de l’État, du monde économique et des Élus.
Ce comité de pilotage s'est attaché pendant deux ans à définir un projet de reconversion acceptable par l'ensemble de ses membres aux exigences parfois contradictoires :
- l’État, via la Mission de réalisation des actifs immobiliers (MRAI), souhaitait retirer un bon prix de la vente du site,
- l’État encore, mais cette fois représenté par la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC), voulait conserver cette piste pour développer l'aviation d'affaires sur Toulouse,
- l’État enfin, par la voix de l'armée de terre, affirmait avoir besoin de l'aérodrome pour ses transports aériens,
- les représentants du monde des affaires, gravitant autour de Blagnac, voulaient aussi maintenir l'aérodrome, en appuyant les ambitions affichées par la DGAC,
- les Élus se contentaient d'observer sans faire de propositions, à l'exception des maires de Blagnac et de Cugnaux qui prenaient parti pour le lancement d'une activité aéroportuaire, et du maire de Plaisance-du-Touch qui se déclarait partisan de la fermeture de la piste.
Le Collectif Francazal, association intercommunale et apolitique, constitué dès juillet 2009, pour exiger la fermeture définitive de la piste, s'est vu refuser à plusieurs reprises le droit de siéger au comité de pilotage.
D'ailleurs aucune association citoyenne n'a été admise à siéger au comité de pilotage, et les demandes d'accès aux dossiers ont été systématiquement rejetées.
Au bout d'un an et demi d'études et de réflexions menées dans un huis clos absolu, trahi seulement par des rumeurs ou des annonces médiatisées, le comité de pilotage s'est engagé dans le "scénario" aéronautique suivant :
L'aéroport de Francazal conserve le trafic résiduel de ces dernières années :
- quelques vols de Transall pour assurer le transport aérien de l'armée de terre,
- les hélicoptères de la gendarmerie,
- les avions de Météo France.
Viendra s'y ajouter :
- l'aviation d'affaires,
- le trafic lié à la maintenance d'aéronefs assurée par des entreprises susceptibles de s'installer à Francazal.
Dans la foulée, la société SNC Lavalin a été choisie pour exploiter l'aérodrome pour une durée de un ou deux ans.
Enfin, les autorisations nécessaires ayant été accordées, l'aéroport Toulouse-Francazal a été créé le 3 janvier 2011.
Ils ont écarté d'un revers de main toutes les objections liées ou non à l'environnement
Nuisances sonores ?
Les riverains en ont l'habitude. Il n'y en aura pas davantage. Même la nuit et les weekends.
Pollution de l'air ?
On a évité le sujet.
Interdiction de créer de nouveaux aéroports (Grenelle de l'environnement) ?
On ne crée pas, on prolonge une activité existante.
Crainte d'accentuer l'insuffisance de diversité industrielle dont souffre Toulouse ?
Toulouse est le fleuron de l'aéronautique européenne, il faut en faire un pôle mondial.
Ils ont escamoté l'étude des scénarios alternatifs
Personne ne peut se vanter d'avoir vu les études qui ont été
commandées à l'Agence Devillers. Celles-ci devaient présenter trois
scénarios contrastés. A l'arrivée, il n'en restait que deux. La décision
de choisir "le tout aéronautique" était-elle prise dès le début ?
Probablement. Sinon, comment expliquer qu'on n'ait pas étudié sérieusement d'autres solutions ?
Les
seuls éléments qui ont filtré sont des chiffres hallucinants : 30 000,
70 000 habitants. Pourquoi pas 200 000 ? L'épouvantail eût été plus
efficace.
Pourtant l'aéroport - tel qu'il est officiellement défini - n'est pas viable
Le choix de la solution aéronautique a été emporté par deux arguments principaux :
- l'aéroport de Toulouse-Francazal permettrait de développer l'aviation d'affaires,
- l'aéroport de Toulouse-Francazal générerait 3000 emplois (dont 1620 sur le site).
Ce niveau d'emplois ne sera jamais atteint.
On pouvait s'en douter en se référant à Lyon-Bron, qui offre seulement 700 emplois directs et indirects. On en a la confirmation aujourd'hui. En effet, malgré les moyens déployés, dont la mise en place d'une cellule d'accueil des entreprises, une seule entreprise a confirmé sa candidature et il s'agit d'une délocalisation d'emplois de Nantes et Saint-Bieuc.
L'autre question concerne l'utilisation de la piste et la rentabilité de celle-ci.
Faire de Francazal l'aéroport d'affaires de Toulouse ne se décrète pas.
La plupart des vols d'affaires sur Toulouse se font en relation avec le pôle aéronautique qui se situe à proximité de Blagnac. Ces vols resteront à Blagnac.
Quant au développement du trafic affaires, il reste plus qu'hypothétique.
Pas de trafic, pas d'entreprises, l'expérience devrait être abandonnée.
Mais les lobbies qui ont imposé ce projet inutile et néfaste ne sont pas près de s'avouer vaincus.
Pour tenter de réduire les déficits, on tentera de gonfler le trafic initialement prévu : fret, les compagnies low cost, l'aviation de loisir ?
C'est probablement ce que l'on trouvera dans la corbeille du futur concessionnaire de l'aéroport, lorsque la phase d'expérimentation cessera, en janvier 2013.
Dans ce contexte, un projet de studios de cinéma voit le jour
Moins de 6 mois après l'ouverture de l'aéroport, alors qu'on découvrait que, sur toutes les entreprises prétendument candidates, une seule d'entre elles était susceptible de s'installer à Francazal, un projet de reconversion du site en studios de cinéma a été soumis au préfet.
L'annonce de ce projet a soulevé un grand enthousiasme dans la population, qui a pris conscience que Francazal et l'agglomération toulousaine pouvaient espérer mieux que le retour des nuisances aéroportuaires.
Mais d'emblée, la préfecture a fait savoir que ce projet pourrait s'installer à Francazal, à condition que cela ne remette pas en question le développement de l'aéroport.
L'affectation du site de Francazal doit être reconsidérée à l'échelle de la Région
Depuis le début, le Collectif affirme qu'il est inepte de créer un aéroport dans une zone fortement urbanisée.
Les
communes concernées par le plan actuel d'exposition au bruit représentent une population de 100 000 habitants, dont on peut estimer
que le tiers sera fortement touché par les nuisances.
Dans un premier temps, le Collectif a posé toutes les questions que soulève la "solution" aéronautique :
- Quels sera le véritable usage de l'aéroport, après la phase de démarrage ?
- Quel impact aura cet aéroport sur l'environnement, le social et l'économie ?
- Quelles solutions alternatives ont-elles été proposées par le cabinet Devillers, et pourquoi n'ont-elles pas été divulguées ?
et a recueilli 5000 signatures sur une pétition demandant la fermeture définitive de la piste.
Au moment où l'exploitation de l'aéroport a été confiée à la société SNC Lavalin, le Collectif a saisi le Tribunal administratif pour obtenir l'annulation de l'autorisation d'occupation temporaire accordée à cette société.
Lorsque le projet de studios de cinéma a été présenté, le Collectif a recueilli plus de 3000 signatures sur une nouvelle pétition demandant l'étude de ce projet et le gel du déploiement de l'aéroport pendant la durée de cette étude.
Plus que jamais, le Collectif est convaincu qu'un deuxième aéroport est économiquement inutile et néfaste pour l'environnement, la sécurité et la santé publique.
De plus, l'annonce d'un projet alternatif a fait sortir de leur réserve des responsables politiques et économiques, et il s'avère que la création d'un 2ème aéroport à Toulouse entrave le développement des pôles d'équilibre régionaux, qui déplorent les moyens exorbitants attribués à Francazal pour attirer les rares entreprises qu'ils espéraient eux-mêmes accueillir.
Maintenir en activité l'aéroport de Francazal c'est porter atteinte au développement équilibré de la Région Midi Pyrénées, c'est asphyxier des pôles aéronautiques d'Auch et Tarbes, qui ont accompli des investissements importants pour accueillir des entreprises du secteur aéronautique.
Le Président du Conseil Général et le Préfet de Région devraient en tenir compte
Le Collectif Francazal demande donc aux décideurs de fermer l'aéroport et d'imaginer pour Francazal une ou plusieurs affectations dignes de ce vaste espace situé aux portes de Toulouse.


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