La Ville rose rêve de Hollywood

Un grand studio américain envisage de s’installer près de Toulouse. L’architecte initiateur du projet raconte.

Base militaire de Francazal Paru dans leJDD
L’ancienne base militaire de Francazal (Haute-Garonne), abandonnée par l’armée en 2010. (Maxppp)

"Évidemment, en juin dernier, à la préfecture, on m’a regardé en souriant", reconnaît Bruno Granja. Un studio de cinéma américain à Toulouse? Et pourquoi pas Obama élu au Capitole? Mais aujourd’hui, Françoise Souliman, secrétaire générale de la préfecture de Haute-Garonne, balaie le scepticisme de quatre mots qui valent de l’or: "C’est du sérieux."

Une piste d’atterrissage pour les cascades

Septembre 2010. Bruno Granja, architecte de 36 ans natif de la région, apprend la fermeture de la base aérienne militaire de Francazal, propriété de l’État, située à une dizaine de kilomètres de Toulouse. Passionné par le 7e art, il pense tout de suite à la reconversion d’une partie du site en studio cinématographique : "Le quartier des officiers est parfaitement adapté, explique-t-il. C’est une ville dans la ville, avec ses bâtiments, ses rues, sa poste, son hôpital, sa chapelle. La zone, immense [45 hectares], pourrait servir de décor mais aussi héberger des plateaux, des salles de montage, des bureaux et des logements pour le staff."

Autre atout de taille, la piste d’atterrissage, que le studio utiliserait tant pour les tournages (cascades) que pour le transport des équipes : "Il est important que les Brad Pitt et autres Scarlett Johansson puissent gagner rapidement leur lieu de travail." Lorsque Bruno Granja sollicite par e-mail les grandes majors américaines, Raleigh, premier studio indépendant des États-Unis en terme de mètres carrés, se montre intéressé. Raleigh, chez qui James Cameron tourne actuellement la suite d’Avatar, comme Sam Raimi son Magicien d’Oz, avec James Franco et Rachel Weisz.

En juin dernier, Bruno Granja est reçu par Françoise Souliman. "Cela n’a pas été facile, admet-il. Le projet a surpris par son caractère hors norme." Au studio proprement dit pourraient, en effet, s’ajouter un quartier touristique avec hôtels, boutiques et restaurants, une école de cinéma, un musée. Conseillé par l’avocat Jacques Lavergne et soutenu par de nombreux élus dont Philippe Guérin, maire de la ville de Cugnaux sur laquelle s’étendent les terrains, le jeune homme gagne peu à peu en crédibilité. La venue en septembre des dirigeants de Raleigh est décisive : "Plus personne ne pouvait douter de l’existence des Américains!", plaisante-t-il. Au programme de leur semaine toulousaine: rencontre avec le préfet, visite de la ville et découverte en hélicoptère des grands sites de la région (le canal du Midi, Montségur, Carcassonne, la vallée de l’Ariège…) "Ils sont repartis emballés. Pour eux, la situation géographique de Francazal est une mine."

Plusieurs milliers d’emplois à la clé

D’ici quelques jours, l’architecte déposera à la préfecture l’étude de faisabilité technique et financière. Les investissements viendront exclusivement du privé. En septembre, le montant avancé par la presse locale était de 100millions d’euros. Bruno Granja assure que la société qui exploitera le site sera française. Plusieurs milliers d’emplois pourraient être créés. "Non seulement ce projet créerait de la richesse, mais il permettrait à l’aire urbaine toulousaine de diversifier son économie", s’enthousiasme Philippe Guérin, pour qui cinéma et aéronautique sont "complémentaires".

Alors, pourquoi le projet ne se monterait-il pas? "Parce qu’il existe une réglementation encadrant la cession des biens publics, explique Françoise Souliman. La proposition de Raleigh est séduisante mais nous devons rester pragmatiques. L’État ne cède pas ses biens sans mise en concurrence. D’autant qu’il s’agit d’un foncier estimé à 35millions d’euros! Nous lancerons un appel d’offres courant 2012 pour une réponse début 2013, et je sais déjà qu’une industrie aéronautique est intéressée. D’ici là, je n’ai qu’un mot à dire : que le meilleur gagne!" Pour sa part, Bruno Granja se dit "confiant". Certes, la décision finale lui échappe: "Ce sera un choix politique, fait au plus haut niveau", affirme- t-il. Avant de glisser, l’air de rien, qu’il vient d’être reçu au ministère de la Culture.

Chloé Aeberhardt, correspondante à Toulouse (Haute-Garonne) - Le Journal du Dimanche

dimanche 27 novembre 2011