Publié le 05/02/2012 09:14 | L. L.

En 2009, Raleigh a ouvert ses premiers studios européens à Budapest. Ils tournent à plein régime. Comme à Toulouse, ce projet de 70 millions de $ a été financé en totalité par des investisseurs privés./ Photos Raleigh studios.
En 2009, Raleigh a ouvert ses premiers studios européens à Budapest. Ils tournent à plein régime. Comme à Toulouse, ce projet de 70 millions de $ a été financé en totalité par des investisseurs privés./ Photos Raleigh studios.

Mais au fond, pourquoi Raleigh, le plus gros opérateur d'infrastructures de production cinématographique d'Amérique du Nord, a-t-il eu la drôle d'idée de vouloir s'implanter près de Toulouse ? Que cache ce projet qui, depuis plus de six mois, suscite tout à la fois l'euphorie, la prudence, voire la méfiance ou l'embarras des décideurs politiques, économiques et institutionnels de la région ? Comment réagir devant ces Américains aux mœurs industrielles méconnues qui viennent troubler le scénario plus classique de reconversion de l'ancienne base aérienne de Francazal en pôle dédié à la filière aéronautique ?

« Aujourd'hui, la France est un pays où l'on dépense chaque année entre deux et trois milliards d'euros pour produire des films de cinéma ou des séries pour la télévision. Voilà ce qui intéresse Raleigh », affirme Franck Priot, délégué général adjoint de Film France, cette société nationale destinée à promouvoir la production d'œuvres audiovisuelles sur le territoire hexagonal.

Un marché colossal que Raleigh ne serait pas le seul studio à convoiter. « Je vais vous faire une confidence », murmure Franck Priot. « D'autres grands opérateurs étrangers conçoivent en ce moment des projets d'implantation. Si ce n'est pas Raleigh ici, ce sera sans doute un autre nom prestigieux du cinéma international ailleurs en France… ».

Or, note ce professionnel, Toulouse jouit d'un formidable potentiel qui n'a d'ailleurs pas échappé aux stratèges de la diversification de Raleigh.

« Une agglomération de plus d'un million d'habitants, du soleil, car le cinéma, c'est avant tout une question de lumière, une ville de science et de high-tech, au moment où l'industrie du cinéma bascule de l'analogique vers le numérique. Et puis, il y a l'école supérieure d'audiovisuel et le fonds exceptionnel de la Cinémathèque. Raleigh est un poids lourd mondial dans sa spécialité. On ne peut pas soupçonner ses dirigeants d'agir inconsidérément. Exiger d'eux des garanties de crédibilité, c'est un peu comme demander à Boeing qui voudrait ouvrir une usine à Toulouse de prouver qu'ils ne sont pas des charlots… ».

Un formidable potentiel

Franck Priot convient que soutenir cette aventure, c'est faire un pari sur l'avenir. « Il existe dans ce dossier comme dans toute entreprise humaine une part de risque », admet le délégué général adjoint de Film France. « Mais dans un contexte général où la production de contenus audiovisuels est une industrie en développement, où l'émergence de nouveaux canaux de diffusion numérique s'annonce comme une promesse de croissance, un projet de cette ampleur, générateur de nombreux emplois, est une opportunité pour la région », considère Franck Priot.

Car il n'y a pas, selon lui, de fatalité. « La production audiovisuelle nationale n'a pas vocation à demeurer le privilège de la capitale. D'ailleurs, constate cet observateur attentif des mœurs cinématographiques, plus de la moitié des tournages est réalisée aujourd'hui hors d'Île de France ».

Dans ce marché en pleine mutation, comment se positionnera Toulouse si le projet de Raleigh s'accomplit ? « C'est la seule inconnue », conclut Franck Priot. Car ce qui se dessine dans la Ville rose est sans précédent. « En vérité, il n'existe encore rien de comparable en France et en Europe… ».


« Ce qui s'annonce est énorme »

Sylvie Duluc est présidente de Midi Films, association régionale de techniciens du cinéma créée en 2009 en Midi-Pyrénées.

Comment la profession a-t-elle accueilli le projet Raleigh ?

Au début, lorsque l'information a été diffusée, j'avoue que nous n'y avons pas cru. Il faut être du métier pour savoir ce que représente Raleigh dans l'industrie cinématographique mondiale. C'était trop gros pour être sérieux. Et puis nous avons été associés aux discussions, nous avons même rencontré Michael Moore, le patron des studios la semaine dernière. Je confirme à présent que nous sommes devant un énorme projet, sans équivalent en Europe.

C'est-à-dire ?

Raleigh veut créer un centre d'offre globale de production, implanter 16 plateaux, apporter chez nous son remarquable savoir-faire technique, notamment dans le domaine des séries TV où nous avons des progrès à accomplir. Ce n'est pas pour rien que la télévision française ne diffuse que des séries américaines. Il y a là un secteur à développer, un nouveau marché à conquérir pour la France. En revanche, nous sommes meilleurs qu'eux dans le cinéma d'animation. Nos talents les intéressent.

S'agit-il d'un projet économiquement viable ?

L'industrie du cinéma rapporte beaucoup d'argent. Un exemple : le chiffre d'affaires d'Avatar en salle pourrait payer deux A 380. Et c'est une industrie en pleine croissance. Aujourd'hui, tous les studios français et européens sont saturés, ceux que Raleigh a ouverts à Budapest tournent à plein régime. Pour la région toulousaine dont la situation au centre de l'Europe de l'ouest est un formidable atout, ce sont des centaines d'emplois à la clé. Ce que nous propose Raleigh est inespéré…