Après le rejet du projet de studios de cinéma, la reconversion de Francazal en 2ème aéroport toulousain se poursuit inexorablement. L’aéroport va faire l’objet d’une concession de 45 ans. Et déjà la vraie nature du futur aéroport se profile.
Actualisé le 14 janv. 2013
Après la fermeture définitive de la base aérienne 101, le Préfet a décidé, avec l’accord tacite des Élus et malgré l’opposition de la population, de transformer Francazal en aéroport mixte (civil et militaire), après une phase d’expérimentation étalée sur 2011 et 2012.
Les arrêtés ministériels et l’arrêté préfectoral nécessaires à cette mutation ont été publiés dans le courant du mois de décembre 2010. [Lire]
Le nouvel aéroport est susceptible d’accueillir l’aviation d’affaires et de poursuivre l’activité antérieure : avions de transport utilisés pour le compte du 1er RTP, hélicoptère de la gendarmerie, avions de la météo.
La plate-forme est désormais accessible de jour et de nuit et le rétablissement de la navigation aux instruments est imminente. ( Carte d’atterrissage en vigueur depuis le 5 avril 2012)
L’activité aéroportuaire n’a toujours pas vraiment démarré, ce qui explique le peu de nuisances sonores constatées depuis le 1er janvier 2011 (le nombre de mouvements d’avions enregistré en 2011 est de 1871 et devrait atteindre entre 2000 et 2500 pour l’année 2012).
L’aéroport devait en outre se voir associer une activité industrielle aéronautique génératrice d’emplois (3000 créations d’emplois annoncés). A cette fin, d’important moyens ont été mis en œuvre :
- des travaux de mise à niveau des réseaux (eau, électricité, gaz, téléphone) dans les hangars ainsi que la remise en état des bâtiments existants de la zone aéronautique, financés par l’État à hauteur de 1,913 M € dans le cadre du plan local de redynamisation (PLR),
- la remise à niveau de la vigie et de ses équipements, d’un coût de 190K €, financés par l’Etat (DGAC),
- la mise en place d’une cellule d’accueil des entreprises avec le concours de la Chambre de commerce et d’industrie et de Midi-Pyrénées Expansion.
A la fin de l’année 2012, on observe la situation suivante :
- Maintien du 1er RTP (appelé à être renforcé par d’autres unités, dont l’Etat Major de Balma et un chenil de la gendarmerie) dans la partie nord du site.
- Ouverture de l’aéroport Toulouse-Francazal, comprenant la piste, ses dépendances et les hangars, dont l’exploitation a été confiée à SNC Lavalin, gestionnaire provisoire désigné sur appel d’offres, pendant la phase d’expérimentation.
- Installation d’une entreprise de maintenance d’avions – délocalisée de Nantes et Saint Brieuc (65 employés)
- Une partie sud – sur Cugnaux – à valoriser, après l’échec de la vente de deux parcelles de 25 et 13 hectares.
Les terrains restent la propriété du Ministère de la Défense.
Le projet d’installation de studios de cinéma sur le site de Francazal, qui avait ranimé l’espoir d’une solution alternative au « tout aéronautique », a fait long feu.
L’annonce de ce projet, en juin 2011, avait fait grand bruit dans toute la France et l’adhésion de la population a été immédiate.
Mais le Préfet s’était empressé d’en fixer les limites : les studios devraient s’accommoder d’une cohabitation avec l’activité aéroportuaire en cours de déploiement et se contenter des terrains situés au sud des hangars.
Un an et demi plus tard, après de nombreuses péripéties et interventions au plus haut niveau de l’État, le projet est retoqué par le Préfet.
La période d’expérimentation de la solution aéroportuaire se solde par un échec.
Le dispositif de recrutement n’a pas donné les résultats escomptés : une seule entreprise s’est installée sur autorisation d’occupation temporaire – et encore s’agit-il seulement d’une délocalisation – alors qu’on annonçait une trentaine d’entreprises prêtes à investir les lieux.
L’aviation d’affaires a ignoré le nouvel aéroport.
Malgré l’échec de la phase d’expérimentation, la pérennisation du deuxième aéroport de l’agglomération toulousaine est en passe de se réaliser. Et le vrai visage du futur aéroport commence à se dévoiler.
Un appel d’offre pour une concession de l’aéroport d’une duré de 45 ans à partir de 2013, a permis de recueillir deux candidatures, celle de SNC Lavalin, actuel gestionnaire provisoire, et celle de Vinci Airports.
Le choix du concessionnaire est entre les mains de l’État et devrait intervenir très prochainement.
Mais déjà les deux postulants ont annoncé un allongement de la piste (200 m) qui permettra d’accueillir les gros porteurs. Et l’aéroport de Toulouse-Blagnac est associé aux deux candidats.
Ainsi s’estompe l’image du petit aérodrome réservé à l’armée et à l’aviation d’affaires et apparaît le vrai visage du 2ème aéroport toulousain : annexe – poubelle – de l’aéroport de Blagnac.
Notre commentaire
L’émergence soudaine d’un projet alternatif pour la reconversion de Francazal aurait dû inviter les décideurs à reconsidérer leur position. Elle a en tout cas servi de révélateur :
- Les décideurs avaient toujours affirmé que le choix de la solution aéronautique était réversible [Lire Rencontre avec le Préfet] [Réunion de Portet]. L’occasion leur a été donnée de le prouver. On ne peut pas dire qu’ils s’y soient employés, bien au contraire [Lire Touche pas à mon aéroport]. Du reste, la marche forcée vers une concession d’une durée extraordinairement longue, sans que soit rendue publique la moindre évaluation de la période d’expérimentation, ne montre-telle pas que la volonté de développer coûte que coûte une annexe de Blagnac a guidé les décideurs dès l’origine ?
- Dans le tourbillon médiatique qui a accueilli l’annonce du projet « Hollywood-sur-Garonne », on a vu apparaître des critiques à l’égard de la création du deuxième aéroport toulousain, qui ruine les espoirs de développement des pôles d’équilibre régionaux que sont Auch et Tarbes.
- La population aspire à la sortie du « tout aéronautique » et souhaite qu’une solution nouvelle soit étudiée pour Francazal ; elle l’a prouvé en signant massivement les pétitions qui vont dans ce sens.
L’inutilité et la non viabilité du nouvel aéroport – au regard des objectifs affichés – sont désormais évidentes.
Comme c’était prévisible, le transfert de l’aviation d’affaires de Blagnac vers Francazal n’a pas commencé.
De nouvelles activités interdites au cahier des charges de l’aéroport ont pointé le nez pendant la phase d’expérimentation : tentative d’installation d’une entreprise de tourisme et de taxi par hélicoptère, annonce de l’arrivée d’une école de pilotage.
Ces faux pas malencontreux en période transitoire ont été recadrés.
Mais une fois acquise la concession de 45 ans, qui pourra empêcher les activités que la population redoute et qui seront rendues possible par l’allongement de la piste : centre d’essai en vol, fret, low cost, aviation de loisir ?
N’est-il pas urgent de reconsidérer l’avenir de Francazal ?
